Berlin, 1930-1933

Du fervent défilé le 1er mai 1930 aux ruines du Reichstag le 2 mars 1933, Siegfried Kracauer témoigne en cinquante « feuilletons », pour le journal Frankfurter Zeitung, de ce qu'ont été les dernières années de la première république allemande.

Connu comme sociologue et théoricien de l'image (cinéma et photographie), Kracauer a fréquenté l'intelligentsia anticonformiste de son époque (Adorno, Benjamin, Bloch, etc.). Début 1930, il quitte Francfort sa ville natale pour la capitale Berlin mais continue de livrer ses « feuilletons » au Frankfurter Zeitung, grand quotidien libéral auquel il collabore depuis 1922. Mais le 2 mars 1933, il y signe ce qui sera sa dernière chronique, avant l'exil. Elle évoquait les traces noires que l'incendie–du parlement allemand (Reichstag) avait laissé sur le bâtiment et sur les esprits : « Les regards passent au travers de ce symbole et plongent dans l'abîme qu'ouvre sa destruction ». (p. 182). Le même jour, avec son épouse il s'installe à Paris pour quelque huit années, mauvaises et misérables. Conditions partagées par ses amis qui choisiront, en cette année crépusculaire, la France pour refuge.

 La politique au ras du pavé était le titre auquel avait initialement  pensé, pour cette traduction, Gérard Raulet qui est à l'origine de cette publication assurée par les Editions de la MSH et reprise les Presses de l'Université de Montréal. Sous le titre définitif Politique au jour le jour, 1930-1933 un choix judicieux de textes éclaire la sociographie de l'Allemagne au prise avec une économie en crise, une mise en ordre voire au pas en toute chose, une démocratie combattue par de violentes idéologies, une guerre civile larvée.

Ces vues allemandes depuis Berlin révèlent la plume politique de Siegfried Kracauer. La description de la vie ordinaire et des sujets qui occupent la masse – de la fête foraine au maillot de bain en passant par les camps de travail et le service de travail obligatoire – est inquiétante mais non dramatique. Le regard objectif sans être neutre du sociologue est néanmoins rendu percutant grâce à son talent d'écrivain et à l'attention qu'il porte au choix des mots. La dictature à venir résonne violemment dans plusieurs de ces instantanés.

Si Kracauer excelle dans la description de l'état des choses et des êtres à l'instant où il les saisit, c'est qu'il les dresse sur une scène politique et sociale leur donnant ampleur et vérité. L'histoire, la géographie humaine et la psychologie sociale servent son art sociologique, et ici largement politique.

Les « feuilletons » quotidiens

Accès libre et texte intégral sur la plateforme  revue.org

La revue électronique Trivium fait paraître de son côté un ensemble de textes consacrés à Siegfried Kracauer, à la presse et la notion de « feuilleton ». Le volume voudrait sensibiliser des chercheurs en sciences sociales à cette forme de narration en dégageant sa portée heuristique pour la sociologie et le journalisme.

 

A l'époque où écrit Kracauer et jusqu'à la chute de la république de Weimar, on appelle « feuilleton », un texte qui se lit en première page d’un quotidien. La page, séparée en deux par une ligne, consigne l’actualité politico-économique du jour dans la partie supérieure, tandis que la partie inférieure est réservée au feuilleton. Ecrit pour le plus grand nombre et consacré à la vie ordinaire, le feuilleton en détaillait les aspects quotidiens, triviaux et remarquables, sélectionnait les spectacles à voir, les livres à lire, signalait les modes et analysait ses effets, etc. Faits et contextes décrits objectivement et sans raffinements excessifs caractérisaient le genre.

Si l’écriture sociologique y avait là son berceau, comme l’envisage le numéro, elle aurait formée des milliers d’esprits et en aurait fait réfléchir des milliers d’autres. Ce genre mérite qu’on le médite, ce à quoi nous convie la présente publication.



Agenda

Soirée Kracauer-Fallada
19 octobre 2017 à 17h30

Exposition : Salope ! Et autres noms d'oiselles
25-29 septembre 2017

Journée anniversaire internationale
25-29 septembre 2017 9h-17h

Actualité

Berlin, 1930-1933

Le Groupe de recherche sur la culture de Weimar appuyé par les éditions de la MSH et les Presses de l'Université de Montréal sont depuis une vingtaine d'années les fidèles et inlassables pourvoyeurs des réflexions et méthodes novatrices de cet « outsider » des sciences sociales, comme l'a nommé Walter Benjamin à la lecture des Employés.

A l'occasion de la parution de Politique au jour le jour, les éditions de la MSH réaffirment leur attachement aux travaux novateurs de cet intellectuel et organisent le 19 octobre à 17h30 une soirée entre spécialistes de Kracauer et de l'Allemagne de l'entre-deux-guerres accompagnés de praticiens de théâtre.

En savoir plus

Traduire et publier Kracauer

 

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